Sortie de son nouveau livre : Le premier mot « Au Commencement… » de Pierre Henry Salfati

Sortie de son nouveau livre : Le premier mot « Au Commencement… » de Pierre Henry Salfati

Le 22 mars 2021

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Accueil/News Torah/Sortie de son nouveau livre : Le premier mot « Au Commencement… » de Pierre Henry Salfati

LE PREMIER MOT de Pierre Henry Salfati
Livre disponible dans toutes les grandes librairies de France

Ancien élève de la Yechiva de Brunoy, et de Yechivot à Brooklyn, et en Israël en études talmudiques et rabbiniques. Pierre Henry Salfati enseigne la pensée juive. Il est l’auteur de Talmud, enquête dans un monde très secret, du Dévoilement du Messie pour la revue Ligne de Risque, de L’invention de l’Occident, avec Jacques Attali. Il a réalisé de nombreux documentaires dont Talmud, Jérusalem-Athènes, Le Jazzman du Goulag, San Nicandro, Golem-Golems, Martin Buber, itinéraire d’un humaniste.

RESUME

LE PREMIER MOT
Pierre Henry Salfati

Toutes les Bibles du monde font commencer « La » Bible par un « Au commencement » devenu tellement usuel qu’il peut sembler parfaitement incongru de signifier qu’en hébreu, le mot Bereshit, premier mot de la Tora hébraïque, n’a pour sa part jamais voulu dire « Au commencement ». Mais en ayant eu de cesse de traduire Bereshit par « Au commencement » cela a induit une quantité de contresens dont il ne va pas être aisé de se remettre. Ne serait-ce qu’avec ce « commencement » l’occident et avec lui la majorité de l’humanité, a pu se persuader que le monde a eu un commencement, comme chaque individu être convaincu du commencement de sa propre existence. Le fait est qu’il est impossible de situer et l’un, le commencement du monde, et l’autre, le commencement de soi. Les plus fervents disciples du big-bang sont en train de remettre en cause de moins en moins discrètement, une hypothèse dont ils se sont ravis hier, et dont aujourd’hui timidement ils se ravisent semble-t-il, mais ce « commencement » virtuel du monde est forcément remis en question, comme il se doit, un jour ou l’autre, de tous les commencements.

Qui peut dire quand commence sa propre vie ? Au début de la chaîne généalogique de ses ancêtres ? A la rencontre de ses parents ? A leur premier regard ? Au moment où ils furent eux-mêmes conçus ? A l’instant de sa propre conception ? Au terme de sa gestation intra-utérine ? A l’heure de sa naissance ? A sa première conscience du monde ? Au moment même où se réalise que la vie n’est pas une mince affaire ? Quelques instants avant de rendre l’âme ? Ou juste après l’avoir rendue ? Voilà posée la difficulté, rien ne commence vraiment et pourtant il faut bien que commencent les choses. Le comble étant qu’il semblerait que tout ne fasse que commencer toujours, l’existence se découvrant tel un perpétuel commencement au point où même la fin de l’existence a un commencement.

Il en va de même pour le commencement d’un livre, qui ne commence pas forcément à son premier mot, puisque chacun des mots offre au lecteur la possibilité d’être le premier en fonction d’où commence sa lecture. Tous les mots d’un livre sont en puissance premier mot du livre, comme toute naissance humaine est un commencement du monde. Qui plus est l’ordre d’écriture n’est que rarement corrélé à l’ordre de lecture, pour ne pas dire jamais. Généralement un écrivain réécrit le début de son livre, une fois celui-ci terminé d’être écrit. Or justement ce n’est pas le cas ici, le scribe chargé de retranscrire sur parchemin le texte de la Tora, doit impérativement commencer par écrire dans le bon ordre, les six lettres du mot Bereshit, avant de se lancer dans la calligraphie ordonnée des 304 799 suivantes. Un premier mot n’est toujours qu’une proposition, ici, il est une obligation où l’ordre d’écriture est impérativement corrélé à l’ordre de ce que devra être sa lecture. On ne peut écrire ce texte dans le désordre, de même pour les lectures liturgiques dans les synagogues, on ne peut en désarticuler l’ordre.

Au sujet de ce mot Bereshit, pour « commencer » nous évoquerons ce que nous nommerons ses « singularités initiales », parodiant les astrophysiciens qui, non contents d’hypothéquer un jour la théorie du big-bang, n’ont pas trouvé mieux que cette formule pour la définir sans pouvoir non plus la désigner précisément, car le big-bang est une magnifique construction théorique souvent vérifiée par l’expérience, mais pas suffisamment pour en faire une réalité préhensible. Voilà ce qui peut valider l’expression « singularité initiale » plutôt que « commencement » du monde.

La langue hébraïque dispose de bien des mots pour désigner littéralement le commencement, Barishona, Bate’hila, Behakhnassa, Bapeti’ha, Lifnei, Bakedem, Bahatzaga etc. Le mot Bereshit n’est pas un de ceux-là. En ce sens les premiers traducteurs juifs de la Septante ne l’ont pas traduit en grec par « commencement », lui préférant l’expression En Arkei, ce qui équivaudrait à « En principe ». Il y a déjà loin entre cet « En principe » et ce « Au commencement », aussi loin qu’entre un monde régit par les lois de la causalité, ce qu’implique la notion de « commencement », et un monde sans causalité, ni chronologie comme pourrait le sous-entendre « En principe ». Les savants juifs, premiers traducteurs au monde d’une œuvre colossale en une autre langue, ont tenté de respecter le fait justement que le mot contenait en lui une dimension « au-delà » du temps et de l’espace réunis, au-delà de la causalité et de la simple origine. Mais s’il y a loin entre « En principe » et « Au commencement », l’écart est encore plus important entre le Bereshit hébraïque et le En Arkei, grec, comme du reste entre l’ensemble de la langue hébraïque et l’ensemble de la langue grecque. Si les rabbins de l’époque estimaient que seule la langue grecque était digne d’une traduction de la Tora, lui reconnaissant quelques accointances, ils étaient assurés que les possibilités structurelles de cette langue ne pouvaient rivaliser avec celles qu’offre l’hébreu. Cela est largement établi dans le domaine de l’herméneutique.

La deuxième singularité de Bereshit réside dans le fait qu’il est un hapax legomenon, un mot employé une unique fois dans l’ensemble de la Tora. Ceci laisse présager de la difficulté à le définir, n’étant que « sa » seule référence. Rajouté à cela qu’en tant que premier mot rien ne le précède et qu’il ne peut se définir qu’en fonction de ce qui lui succède, cela accentue la difficulté. En règle générale l’herméneutique use, d’une part, du contexte textuel, en amont et en aval d’un mot, pour mieux le « cerner », d’autre part, de sa réitération ailleurs dans le texte, plus le mot est utilisé plus son sens s’affine pertinemment. Or Bereshit cumule ces deux absences, de n’être utilisé qu’une fois et précédé de rien. Deux éléments « en creux » qui au-delà de la problématique de la traduction, en rajoutent à son imprécise définition, tout en renforçant sa spécificité d’unique en son genre. Voilà plus encore : non seulement il n’est utilisé qu’une fois » dans ce livre, mais il n’est jamais dit ailleurs que dans ce livre. Le mot n’appartient pas au langage courant, il est un néologisme scripturaire, utilisé dans la langue écrite uniquement, jamais dans la langue parlée.

C’est là sa troisième singularité, il est un néologisme, un mot spécialement « construit » pour cette seule occasion de l’ouverture du texte. Nous faisions remarquer que la langue hébraïque dispose de bien d’autres mots pour « ouvrir » et « introduire » un texte, pourquoi en avoir conçu un supplémentaire, à usage unique, totalement inédit pour l’occasion ? Nous verrons à quel point les scribes qui l’auraient imaginé se sont livrés à un travail d’orfèvre, tant sa structure « philologique » est sophistiquée et complexe. Or décrypter le mot dans sa structure interne, c’est décrypter l’ensemble du livre dans sa structure fondamentale, et décrypter ainsi le livre revient à décrypter le monde. C’est là une des bases de « la chose juive », la Kabbale se construira sur ce socle : ce monde est induit par tout ce que les mots et les lettres de ce Livre, la Tora, contiennent en puissance, et le mot Bereshit, rapatrie tous les mots et toutes les lettres du Livre.

Nous rappelions que la Halakha, la loi pratique, contraint les scribes à retranscrire le texte de la Tora dans le bon ordre. Le mot Bereshit est celui par lequel ils se doivent de commencer l’écriture du parchemin, aussi tant que le mot Bereshit n’est pas écrit, aucun autre mot ne peut l’être. Entendons déjà en ce sens que ce mot Bereshit contient en puissance l’écriture des 79 846 mots suivants, jusqu’au dernier, le mot : Israël. C’est là la quatrième singularité initiale de ce premier mot. Reste à comprendre comment la chose s’argumente. Et si tant est qu’il soit prouvé que le scribe n’est pas respecté l’ordre d’écriture le Rouleau en question serait considéré impropre à l’usage rituel, tout aussi parfait que soit le résultat calligraphique.

La cinquième singularité du mot est surement la plus paradoxale. Il va apparaître que le mot Bereshit est un mot superflu, un mot « en trop », un mot dont on pourrait très bien se passer. En effet Bereshit n’a pas à proprement parlé de raison d’être dés lors qu’un lecteur, croyant ou non, savant ou non, pourrait se suffire en guise d’introduction à la Tora de : « Dieu créa les Cieux et la Terre », plutôt que « Au commencement Dieu créa les Cieux et la Terre », d’autant qu’il n’est pas spécifié au commencement de quoi et que selon Rashi, Rabbi Salomon fils d’Isaac Hatzarfati, – la plus grande autorité en matière d’exégèse biblique et talmudique, toutes générations confondues – Bereshit ne veut pas dire littéralement « Au commencement ». Cette singularité dépasse de loin les précédentes : les scribes se sont évertués à concevoir et construire un mot lui donnant une surprenante structure, pour ne l’utiliser qu’une fois, lui donner la dimension du microcosme contenant le monde, cela pour au final le dire inutile tout s’en s’efforçant pourtant de le conserver. C’est là l’un des enjeux de notre ouvrage, comprendre ce paradoxe car il est d’une extrême importance de le résoudre si tant est que l’on veuille se faire une idée plus fondamentale de ce qui se joue dans le mystère juif.

Mais avant même d’évoquer ces cinq singularités initiales, sur ce premier mot, Rashi nous dit d’entrée de jeu, dès la première partie de son tout premier commentaire, que ce livre de la Genèse, auquel le mot Bereshit donne son nom, Sefer Bereshit, serait lui-même superflu, intégralement superflu, et qu’il conviendrait de le retirer de la Tora qui se dit livre de Loi. A quoi bon en effet toute cette « mythologie juive » en prélude à une œuvre législative ? Alors adieu Adam, Eve, le Serpent, le fruit défendu, le meurtre d’Abel, Babel et le Déluge, adieu Abraham, Sarah, Isaac sacrifié, Jacob déhanché, Joseph vendu et ses frères piégés, en un mot : adieu la Bible ! Dans un livre de lois, c’est à l’endroit où la première loi est énoncée en tant que telle que la Tora devrait commencer, quelque part dans le livre de l’Exode. Et donc tout ces récits qui fonderaient l’inconscient collectif judaïque seraient subitement accessoires au point de les en écarter définitivement.

Une fois passée la surprise devant la provocation d’une telle option de la part du plus illustre représentant des disciples de la Tora, celle-ci ne s’estompe pas lorsqu’on lit la raison qu’il invoque pour laquelle finalement la Genèse serait toujours là : permettre au peuple juif de répondre un jour à l’accusation explicite des Nations qui lui reprocheront de voler une terre qui ne lui revient pas : la terre d’Israël !

Affirmer que le premier mot de la Tora est directement relié à une telle accusation unanime des Nations, le saisissement est de taille. Le début même de ce Livre aurait plus à dire concernant l’accusation faite aux juifs de « vol de territoire » que sur le récit de la Création du monde. Rashi d’ailleurs le répètera deux fois dans son commentaire : « Ce texte ne vient pas nous donner l’ordre de la création. » On croit rêver ! Il insiste même : « Force est d’admettre que le texte ne nous enseigne absolument pas l’ordre chronologique de la création. » Or tout semble pourtant le dire clairement : les six jours de la Genèse ont été à ce jour interprétés totalement comme la chronologie de la création. Et bien non, il n’en serait rien, mais Rashi nous met sur une autre piste quand toujours dans son commentaire il cite de manière presque subreptice Isaïe 46, 10 : « Dés le début, j’annonce la fin », comme si au final nous devions finir par concevoir que le commencement de la Tora contenait en puissance ce qui relève de l’essentiel : non pas comment commencent les choses, qui serait secondaire, mais bien comment elles finissent. En l’occurrence par l’accusation faites par les Nations au peuple juif d’occuper un territoire sans légitimité. Et c’est en puisant dans cette Genèse sauvegardée que serait censée se trouver la réponse à faire aux accusateurs.

Le commentaire de Rashi semble tellement incongru qu’on y renoncerait aussitôt s’il n’était le fait du plus grand des commentateurs, le plus respecté, celui dont l’autorité défie le temps, et dont personne ne remettrait en cause le sérieux, la profondeur et l’esprit de clairvoyance. La chose pourrait sembler d’autant plus curieuse de la part de Rashi, que sa renommée s’est faite sur son engagement à dévoiler le sens simple des versets de la Tora. Mais il convient de savoir que précisément l’originalité de son génie consiste à transmettre au travers du sens simple « le vin de la Tora », ce n’est pas là une allusion à son métier de vigneron en Champagne, mais une indication que son commentaire a cela de remarquable qu’il distille au travers du sens simple, les intentions les plus profondes du texte. On doit admettre alors que l’intention profonde découverte ici, semble être que le récit qui inaugure le livre de la Genèse a plus de sens concernant le destin futur du peuple juif au sein des Nations, qu’un simple récit sur l’origine du monde.

Encore plus surprenant dans l’affaire c’est qu’il semble que personne, parmi les doctes et les experts, ne se soit soucié de ce commentaire, pourtant Rashi a écrit son commentaire au 12e siècle, il y a 8 siècles. Le comble est qu’il citait intégralement un rabbin du 3e siècle, le précédant donc également de 8 siècles. Or durant ces siècles le peuple juif ne fut pas accusé de voler quelque territoire et de spolier quelque peuple que ce soit. Au lendemain de l’exil ordonné par Hadrien en 135, les juifs dispersés de par les contrées de l’empire romain, ne représentaient plus aucune menace pour ses conquérants. Quand Rashi écrit son commentaire, c’est le Royaume Franc de Jérusalem qui a la main mise sur le pays, aucune entité juive n’aurait pu lever une quelconque armée contre les croisés. Entre ces deux dates, les juifs dispersés aux quatre coins du monde, étaient bien en peine de pouvoir fomenter une quelconque reconquête. Dès le 3e siècle vont se succéder les dominations byzantine, sassanide, arabe, turque, jusqu’au royaume latin de Jérusalem, époque du commentaire écrit par Rashi.

Comment un évènement plus de deux fois millénaire peut être corrélé à un évènement de la dernière modernité ? Ce ne sera qu’à la moitié du 20e siècle, au lendemain de la création de l’Etat d’Israël, que cette accusation se fera entendre pour ne cesser de s’amplifier et gagner progressivement un nombre toujours croissant de Nations. Une accusation qui n’a jamais eu une telle actualité or curieusement elle serait le sens même du commentaire de Rashi, la raison même de la présence du livre de la Genèse dans la Tora et donc de la présence du mot Bereshit. Nous allons développer les tenants et aboutissants de cette affaire surprenante, montrer comment le philologique rejoint singulièrement le géopolitique, le « légendaire » rejoint on ne peut plus singulièrement l’historique, et l’antique rejoint on ne peut plus explicitement le moderne. En commençant par répondre à la question si le mot Bereshit ne veut pas dire « Au commencement » que veut-il dire ?

Catégories : News Torah

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